Transparence

mercredi 6 février 2008

Bien. Je suis musicien. J’écoute de la musique, j’en joue, j’en vis, je la vis, et cette vie n’est pas toute dans le jeu, loin s’en faut. Expliquons.

Pour un projet comme iberialbeniz, tout un travail préparatoire est nécessaire, le travail de transcription pour guitare de la partition d’Albeniz. C’est cela, essentiellement, mais pas uniquement. Cette transcription est le préalable à l’exécution de l’œuvre, puis à son enregistrement et à sa diffusion sous toutes les formes imaginables et surtout le concert. Cette transcription a autant de valeur à mes yeux que ce qui suit et qui en dépend. Elle a une valeur propre indépendante de ce qu’elle précède. Et pourtant la transcription est comme un palimpseste. Elle disparait sous l’objet disque, elle est cachée par l’événement concert.

Et si l’on grattait le palimpseste ?

La musique n’échappera pas à l’esprit du temps. Nous vivons à l’ère de la transparence, de la proximité, du friendship généralisé, de la fusion des sphères de sociabilité, l’ami de mon ami, etc. Alors cette partition qui ne regarde que moi, regardons-la et pour commencer montrons-la :

Partition d’Evocation


Bream dream

mercredi 16 janvier 2008

Julian Bream est un artiste, un touche à tout, un défricheur, un visionnaire. Travailleur infatigable, son immense carrière a coincidé avec l’age d’or du disque et il a naturellement travaillé avec les plus grandes compagnies, dont RCA ou EMI. Sa discographie actuelle compte plus de cinquante CD !

Touche à tout, et bien que son père fût guitariste de jazz, il fonde dès la fin des années cinquante, alors que les baroqueux pointent à peine le bout de leur diapason, le Julian Bream Consort, ensemble d’instruments anciens dans lequel il joue du luth et avec lequel il fait connaitre notamment les trésors de la musique élisabéthaine dont John Dowland.

Défricheur, il sollicite les plus grand compositeurs du moment à écrire pour lui et pour la guitare. Il nous lègue ainsi un répertoire inestimable : Benjamen Britten, Hans Werner Henze et Toru Takemitsu pour ne citer que les plus grands.

Visionnaire, le voici dans le Fandango de Boccherini. Il rêve et joue avec son double, son frère jumeau. Il s’amuse et nous nous amusons avec lui. C’est un modèle, il inspire.


EMI licencie

mardi 15 janvier 2008

Tout va pour le mieux dans le meilleur des (petits) mondes de la musique. L’adaptation des majors aux changements technologiques se poursuit. Leur objectif reste de garantir à leurs investisseurs la rentabilité à deux chiffres qu’ils attendent et qu’ils obtiennent ailleurs, dans les autres industries dans lesquelles ils placent leurs capitaux, dans l’électronique grand public, dans le textile, etc. Les variables d’ajustement sont 1° le personnel des maisons de disque et 2° les artistes et leurs productions. On se déleste des uns et des autres. On s’allège pour gagner en agilité.

Cette dépêche de l’AFP illustre ce propos. Ou plutôt le contraire.

LONDRES (AFP) — La maison de disques britannique EMI, qui appartient au fonds d’investissement Terra Firma, a annoncé mardi qu’elle allait adopter un plan de réduction des coûts qui passerait par la suppression de 1.500 à 2.000 emplois dans le monde, soit environ un tiers de ses effectifs.

Ces mesures sont comprises dans un plan général de restructuration de la troisième maison de disques mondiale, qui vise à la « repositionner » sur le marché du disque, indique EMI dans son communiqué. Elles devraient dégager 200 millions de livres (265 millions d’euros) par an d’économies.

EMI emploie environ 5.500 personnes.

EMI assure que cette restructuration fait suite à une « intense consultation » à l’intérieur du groupe, et que les différentes mesures annoncées « ont pour beaucoup été suggérées par le personnel, les artistes ou leurs managers ».

Le groupe avait accepté en mai dernier d’être racheté par Terra Firma pour 3,2 milliards de livres dette comprise (4,2 milliard d’euros), préférant cette solution à l’insécurité juridique d’une alliance avec son concurrent américain Warner, numéro quatre mondial, avec lequel il avait déjà tenté de s’allier.

EMI est le label de célébrités comme les Beatles, les Rolling Stones, Norah Jones, ou encore Raphaël et Alain Souchon.


Laurel sans Hardy

vendredi 11 janvier 2008

Un concert-type est préparé. Un concert en re-recording. Ce n’est pas un duo amputé de sa moitié. Simon sans Garfunkel, Hutch sans Starsky. Ni le caprice d’un musicien irascible qui se sait incapable de jouer avec l’autre. Ce n’est pas non plus le concert d’un guitariste unijambiste qui danserait le flamenco appuyé sur un dispositif électronique. Pas seulement et tout cela à la fois.

Mon concert est une fantaisie, une sonate quasi una fantasia. Le voyagabondage d’un musicien au pays de ses rêves, le pays de cocagne, des châteaux en Espagne. Une rêverie en forme de road-movie.

On le sait, le guitariste est un éternel voyageur. Il ne tient pas en place ce musicien ambulant, troubadour, voleur de poule, violeur des conventions sociales. Cette fois le voyage est tout intérieur. Voyage romantique, comme le Voyage d’hiver de Schubert, comme les Années de pélerinage de Liszt, années d’oubli, de mort, de renaissance — ce même Liszt à qui le jeune Albeniz rendra visite dans sa retraite de Weimar. Mais Albeniz est un méditerranéen. Il voyage au soleil, il voyage en été. Un été Andalou aux étapes brulantes : Almeria, Triana, Malaga, Jerez. Une rêverie donc, évocation d’un paradis perdu, d’une Andalousie nostalgique. L’autre côté du miroir.

Dans ce miroir, sur scène, se reflètent la guitare, le guitariste. Miroir entre scène et salle, entre le musicien et lui-même, le compositeur et son double. Le miroir est un écran d’ordinateur, pourquoi pas, ou bien un écran vidéo, peu importe, ce qui compte n’est pas là. Ce qui est conté est ailleurs, réfléchi, de l’autre côté du miroir. De la même manière que les sons de la guitare eux-mêmes se dédoublent, se multiplient à travers les différents hauts parleurs, l’image du guitariste est dédoublée et multipliée sur scène.

On ne revient jamais d’un voyage, fût-il intérieur, inchangé. Comme ces thèmes qu’on retrouve imperceptiblement, mais profondément transformés après une longue série de variations. Notre mise en scène d’Iberia a la forme d’un thème varié. Choisissez votre thème : l’amour, la nostalgie, la fête, comme il vous plaira.


Iberia, premier cahier

mercredi 2 janvier 2008

L’année commence bien : le premier cahier d’Iberia pour deux guitares est enfin réalisé, soit trois morceaux : Evocacion, el Puerto et el Corpus en Sevilla. Il en sera bientôt publié des extraits sur le blog, dans une version alpha.

Une page


David Byrne

dimanche 30 décembre 2007

David Byrne, des Talking Head, explique dans Wired les évolutions du business de la musique.


Rerecording et marxisme

jeudi 27 décembre 2007

Quand Harpo Marx jouait en rerecording, c’était un moment de pure poésie. Il joue avec lui-même. Il s’entend jouer. Il se voit jouer. Il est acteur et spectateur d’un rêverie dont il est l’unique personnage, réfléchi à l’infini.

À quoi pense Harpo ? On s’interroge. Dans les films des Marx Brothers, il est muet, ce qui n’a rien d’étonnant pour un musicien. Les enfants, muets eux-mêmes, l’adorent. Ses poches débordent d’un bazar hétéroclite. S’il a une voiture, il soulève le siège arrière et y cache tout ce qu’il ramasse. Harpo n’est pas maladroit, il n’y a qu’à le voir tenant sa harpe, harpo est malicieux, il fait des bêtises et transforme en jeu ce qu’il touche.

Le jeu de Harpo à la harpe a toutes ces caractéristiques, spécialement dans cette scène enregistrée en rerecording. C’est la rêverie d’un enfant malicieux, qui, à tout instant, va à sa fantaisie, évite les catastrophes au dernier moment et émerveille ses parents.


Boutique en-ligne Deutche Grammophon

vendredi 21 décembre 2007

La musique classique a sa boutique de vente de disques en ligne. Deutche Gramophon l’a fait. Est-ce vraiment une surprise de voir cette vénérable maison, ce temple du conservatisme musical, prendre en marche le train des nouvelle technologies ? On y remplit son caddy de CD, mais aussi de MP3 320 (façon plaisante de mettre en avant la qualité du mp3). De là, on peut rebondir sur un site de marchandising qui propose des goodies de Lang Lang, le Che Guevara de la musique classique.

Mais respectons l’avenir qui est tout élégance, grâce et beauté :


Distribution

jeudi 20 décembre 2007

Comment distribuer sa musique de façon indépendante, sans passer donc par les majors de l’industrie discographique ?

Habituellement, les musiciens distribuent leur musique par l’intermédiaire d’un label qui produit la musique enregistrée, qui la distribue, en fait la promotion et en protège les droits de reproduction et de diffusion. Les labels sont détenus par des sociétés plus importantes : les fameuses majors de l’industrie discographique. Ces sociétés sont elles-mêmes incluses à des multinationales dont l’activité est protéiforme. Ce qui s’est mis en place ces dernières années, à la suite d’une série de rachats et de fusions, c’est un monopole de l’industrie du disque qui vise à tirer le profit maximal d’artistes connus et à éteindre toute diversité. A côte des majors, et n’en dépendant pas, existent toutefois, survivent souvent, ce qu’on appelle les labels indépendants. Environ 20% de la musique produite l’est par des labels indépendants.

La musique classique est un marché de niche qui n’intéresse pas les majors à l’exception de quelques artistes, éleveur de loup et autres stadistes. Les musiciens classiques existent grâce au bouche à oreille, aux concerts et au réseau de leurs élèves. Ce qui importe dans leur cas ce n’est pas l’objet-disque mais de créer la musique qui les intéresse et d’atteindre le public.

Le développement des nouvelles technologies, ordinateurs personnels, iPod, associé à la connexion Internet à haut débit, ont fait du web la plateforme de diffusion de tous les contenus. Pour ce qui est de la musique, les ventes de supports physiques sont en chute libre depuis plusieurs années, concurrencées par la distribution web, légale ou illégale. Les boutiques de musique en-ligne les plus connues sont les suivantes :

Il est facile d’être présent sur les étagères de ces boutiques au côté des productions des majors, mais la difficulté est d’être disponible dans plusieurs boutiques à la fois. Pour y parvenir, on peut passer par les services d’intermédiaires qui se chargent du référencement de sa musique. Certains d’entre eux proposent également d’assurer la promotion du disque, c’est-à-dire une partie essentielle du travail des majors.

Un disque est réalisé en plusieurs étapes faisant intervenir plusieurs personnes et compétences qui, avec le web, voient leur articulation profondément modifiée : gestion de projet, répétitions, enregistrement, production, packaging, distribution, promotion, etc. Le but poursuivi est lui-même en phase de redéfinition. L’objet-disque a induit un circuit de production-distribution qui est aujourd’hui mis à mal par les nouvelles technologies. C’est maintenant le disque qui n’a peut-être plus d’utilité. Parions que d’ici quelques années, pas plus d’une poignée, le disque paraitra un objet incongru relevant d’un autre âge. Certainement, c’est le statut de l’enregistrement qui s’en trouvera modifié puisque les frontières se seront effacées entre l’enregistrement définitif, arrêté, et les enregistrements de travail, les concerts, le live. C’est l’artiste qui dira dans cette masse d’enregistrements lesquels auront une valeur particulière qu’on osera appeler, juste retour des choses, non plus produit culturel, ce vocable étant employé en raison de l’équivalence entre la distribution des disques et des patates, mais œuvre d’art ou bien chef d’œuvre, chef d’œuvre de l’artiste ou de l’artisan.


C’est pas du blues, mais…

mercredi 19 décembre 2007

Un logiciel tel que Guitar Pro, qui est destiné spécifiquement aux guitaristes, peut-il être d’une quelconque utilité dans un projet comme iberialbeniz ? Il serait intéressant de l’essayer et de comparer son utilisation et ses capacités à Lilypond.

Non.

Sans nier l’intérêt d’un tel logiciel, Guitar Pro ne peut être d’aucune utilité dans un projet comme le notre. D’ailleurs, le suffixe « pro » est trompeur, ce type de produit s’adressant justement à un public d’amateurs ne sachant pas lire la musique (c’est un assistant qui permet de créér facilement une tablature pour guitare). Lilypond est très différent : un logiciel de gravure musicale supposant de la part de l’utilisateur de solides bases en solfège.

La musique d’Albeniz ne saurait être transcrite en tablature qu’au prix d’un apauvrissement considérable et de la perte de toute indication expressive, dynamique, d’articulation et d’accentuation, bref de l’essentiel de ce qui fait sa valeur. L’écrire en tablature reviendrait à lui enveler ses muscles, sa chair et son sang, pour n’en garder que le squelette !

Notre transcription d’Iberia ne peut, hélàs, que s’adresser à des guitaristes confirmés, et surtout à d’excellents musiciens, des artistes capables de traduire avec leur guitare l’immense palette de ce peintre des sons qu’est Isaac Albeniz disciple de Goya, Velasquez et Picasso, pour ne citer que quelques uns de ses compatriotes.